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Parce que, si accueillir et accompagner des personnes en difficulté était et reste nécessaire, cela ne suffit pas ; parce que, pour faire réagir la société, il faut ébranler ses fondements ; parce qu’il faut combattre la misère, mais surtout ses causes, l’abbé Pierre et l’ensemble du mouvement qu’il a fondé n’ont cessé de s’indigner, d’interpeller la société civile et les pouvoirs publics.

 

 

“Une fabrique de carburant social…”

« Emmaüs, c’est une espèce de laboratoire ; une fabrique de carburant social à base de récupération d’hommes broyés. Hommes que la vie a frappés, qui, isolés,

ne sont plus qu’une poussière d’homme. Que peuvent-ils ? Seuls, c’est le désespoir. Rassemblés, réunis, remis debout, ils deviennent une force explosive.

Que tous ceux qui sont puissants et constatent qu’ils ne peuvent pas faire grand-chose, osent regarder humblement cette formidable puissance qui, dans

notre pauvre petite aventure d’Emmaüs, éclate soudain pour faire réapparaître l’espérance. Qu’ils découvrent la force qu’il y a dans la faiblesse. » (Abbé Pierre)

 

 

D’abord l’accueil…

 

Le public ne connaît d’Emmaüs que les salles de vente. Les communautés et les gens formidables qui les composent et les animent restent le plus souvent en coulisses. C’est pourtant le cœur du mouvement. Petite visite à Saint-Gaudens (extraits d’un article paru dans La Dépêche au mois d’avril).

 

Dans l’ancien garage Renault de Saint-Gaudens, les meubles sont alignés au cordeau. Bazardés, récupérés puis restaurés, ils ont repris du lustre et attendent de nouvelles familles. Du recyclage à la renaissance… “Après le rejet de ma demande d’asile, j’étais perdu, à la rue. Ici, j’ai retrouvé mon métier de chauffeur, ça a changé ma vie”, commence d’une voix douce Konaté, 28 ans, l’un des trente compagnons présents sur le site.

Le français est la langue officielle de son pays d’Afrique de l’Ouest. Mais on y disperse parfois les manifestants à balles réelles. De cela, Konaté ne parle pas. Mais quand on lui demande le prix des passeurs, le passé fracasse soudain le présent. “8 000 euros pour remonter par le Mali, l’Algérie et le Maroc. J’ai fait le voyage avec ma femme et ma fille, je les ai perdues dans le naufrage du bateau vers l’Espagne.”

 

Article 13

À quelques pas de là, la photo de l’Abbé Pierre accueille les visiteurs. En 1948, la “voix des sans-voix” a participé à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. “L’article 13 dit : Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État (…), le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays”, cite Michel Allenou, le président du conseil d’administration de cette communauté. Il rappelle que, chez Emmaüs, “l’accueil est inconditionnel” et que “tous ceux qui sont ici sont en situation de souffrance”.

Compagnes et compagnons français, marocains, algériens, albanais, guinéens… Plus d’une dizaine de nationalités sont représentées ici. “Ce qui est extraordinaire, c’est qu’avec Emmaüs, nous faisons la démonstration d’une mini-société alternative qui fonctionne et où la solidarité permet de dépasser les problèmes, lorsqu’ils se posent”, se réjouit Michel Allenou. Les compagnons “ne volent le travail de personne, ne sont à la charge de personne”. À Saint-Gaudens, l’accueil et l’intégration se font grâce aux femmes et aux hommes de bonne volonté.    (Pierre Chalier)

 

 

Autonomie et solidarité

Dans une communauté Emmaüs, les compagnes et les compagnons sont logés, nourris, habillés. Ils ont une couverture sociale (le statut Oacas) et un pécule hebdomadaire, accès à des soins et à des formations (en français par exemple). Les enfants vont à l’école locale, les adultes travaillent : ils trient, lavent, réparent ou relookent les objets qu’ils vendent les jours d’ouverture du bric-à-brac. Ou ils contribuent à la bonne marche de la communauté (cuisine, travaux de réhabilitation, etc.). Ils sont encadrés par un responsable, des adjoints et des compagnons référents. Au bric-à-brac, des bénévoles viennent travailler avec eux. Les règles de vie sont inchangées depuis la fondation du mouvement : chacun est accueilli mais ici, pas d’alcool, pas de drogue. La communauté vit des revenus de sa salle de vente : Emmaüs est très fier de ne dépendre d’aucune subvention de fonctionnement.

 

Depuis quatre ans, les recettes du salon aident à la création de nouvelles places d’accueil communautaires. Que chaque communauté joue le jeu et mette en commun ce qui va générer ces recettes apparait évident si on oublie l’effort qui le permet. En effet, chaque objet vendu au salon est de ce fait soustrait de la salle de vente de chaque groupe, donc de ses revenus. Pour soutenir de futurs accueillis. Si ce n’est pas de la solidarité active, ça…

 

Un modèle original

Les communautés Emmaüs sont animées par les valeurs et les principes qui furent ceux de l’abbé Pierre lors de la création de la première communauté en 1949 :

• L’accueil non conditionnel

Emmaüs, c’est avant tout un vrai regard porté sur l’autre : ni paumé, ni coupable, ni clochard, ni exilé… mais un homme ou une femme riche de potentiel,

qui a toute sa place dans la société. C’est pourquoi quiconque se présente à la porte d’une communauté est certain d’être accueilli, quel que soit son parcours.

• La solidarité

Emmaüs, ce n’est pas un mouvement caritatif où des personnes bien intentionnées porteraient secours et assistance à d’autres, tout en les maintenant dans

l’assistanat. Emmaüs, c’est un mouvement dans lequel forts et faibles s’unissent pour permettre à ceux qui, seuls, n’en ont plus la force, de se remettre debout.

Et qu’à leur tour, ils puissent en aider d’autres.

• Les communautés pionnières du développement durable

Emmaüs a su passer de la récupération de matières premières des premiers temps (papier, chiffon, ferraille) à celle d’objets, de textile et de meubles, et à la

réparation du matériel électrique et électronique. Grâce aux savoir-faire des compagnons, 75 % des produits collectés sont valorisés ! Ce modèle économique,

qui a permis aux communautés de maintenir leur indépendance financière – et, partant, leur liberté d’action et de parole –, a donc également positionné les

groupes Emmaüs comme des acteurs incontournables de la prévention des déchets et de la protection de l’environnement.

• L’activité comme outil de liberté

L’intuition novatrice et fondatrice du mouvement Emmaüs est de rendre leur dignité aux plus démunis, de leur permettre, à leur rythme, de retrouver confiance

en eux par l’exercice d’une activité utile, solidaire et collective. Ainsi, en affectant tout ou partie du fruit du travail de ces personnes vers la solidarité,

le mouvement Em­maüs promeut un modèle alternatif où le travail, loin d’être un asservissement, permet au contraire d’accéder au respect, à la liberté 

d’être soi en aidant les autres. Ensemble, par le biais de leur activité de récupération, responsables, bénévoles, salariés et compagnons redistribuent près

de 5 millions d’euros par an pour soutenir des actions de solidarité.

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